= Mardi 1.er mai. Catherine étant réquisitionnée par Natacha la fleuriste pour la vente du muguet, je me rends seul à l’Ile Charlemagne, sud-est d’Orléans où se déroule la fête médiévale de Jehanne d’Arc. C’est la première fois que je vais à l’île à vélo mais pas de problème pour trouver mon chemin ; il me suffit de suivre une cycliste portant robe moyenasgeuse et capelette. Je franchis le petit pont de bois et découvre l’immense camp féodal qui s’est monté ici. Le marché médiéval du Puy-en-Velay est battu. Beaucoup de gens costumés, dont Gaëlle, qui travaille dans le même service que moi et qui fait partie d’une troupe médiévale. J’ai traversé le camp dans toute sa longueur et je suis le chemin qui conduit à la rive nord de l’isle. A 11:30 Jehanne d’Arc, en provenance du port fluvial de Saint-Jean-de-Braye, va traverser la Loire en gabare et débarquer sur l’isle. Les gens se massent sur la rive. Personne ne sait exactement où la Pucelle accostera, mais voyant deux charrettes attelées, je présume que Jehanne arrivera ici. Je me positionne sur la rive. La Loire est haute, il pleut depuis début mars – sauf aujourd’hui où le soleil est radieux. Les Orléanais continuent à se regrouper au bord de l’eau. Des gens de la rue, des gens costumés et deux maistres nageurs sauveteurs en maillot de bain et T-shirt, équipés de ces flotteurs oblongs qu’on voit dans “Alerte à Malibou”, prests à intervenir pour porter secours à la Pucelle d’Orléans si celle-ci tombait à l’eau. En armure, elle ne manquerait pas de couler à pic. Une barque à moteur approche, avec à son bord quelques notables dont Serge Grouard, l’actuel maire d’Orléans, en costume de grand bourgeoys. Une barque à moteur cela ne fait pas médiéval diront certains. Nécessité fait loi. Vu la force du courant ligérien, une barque à rame se serait retrouvée à Saumur (49) avant d’avoir atteint la rive gauche. A 11:27, nous apercevons une grande gabarre avec de nombreux passagers en costume d’époque démarrer. C’est certainement le bateau de Jehanne. Fichtre ! me dis-je, ils ne sont pas en retard. Finalement, ils seront en retard. Le bateau tourne, zigzague devant une équipe de tournage qui suit en barque. La traversée prendra un bon quart d’heure. Enfin la pucelle accoste sous les cris de la foule scandant son nom, et sous le crépitement des flashs des spectateurs. Un triomphe digne de Lady Gaga.

L’aréopage prend place dans les charrettes, le cortège s’ébranle et Jehanne reste debout pour saluer le public.

Les costumes des suivants sont supers ; Plusieurs chevaliers en armure. On remarque surtout les Ecossoys avec kilts, cornemuses et grands chiens de bergers qui, sous leur allure débonnaire, étaient capables d’estourbir un loup (dixitmon amie Annie). Les Ecossoys sont certainement très heureux de la victoire orléanaise des troupes de Jehanne d’Arc sur leurs ennemis les Angloys. Les Ottomans ont également du succès, surtout grâce à leur danseuse du ventre. Outre la demoiselle je suis séduit par leur musique qui se rapproche, à mes oreilles, du style celte. Je rencontre Jocelyne, une collègue, avec son mari et ses enfantes – celle-ci n’est pas de mon service. Le cortège arrive au camp, que je vais pouvoir visiter. L’archerie attise la curiosité des spectateurs. Les enfants tirent à l’arc sur une cible vivante. Que l’on se rassure, il s’agit de flèches à bout rond et la “cible” porte une veste matelassée (dans le style de celles des maîtres chiens), un heaume et un bouclier XXL. L’homme se rit des flèches et s’amuse même à détourner certains tirs avec son épée. Plus loin une compétition d’épée avec deux arbitres pour le comptage des points et une aire d’où les combattants ne peuvent sortir sous peine de donner un point à l’adversaire. Plus loin, on croise aussi le fer, mais avec des épées plutôt Renaissance, qui donnent un son plus cristallin. Une troupe de ménestrels entonne des chansons humoristiques sur musique d’époque. C’est ici que je rencontre Claude, un collègue de mon service. Mazette, les trois huitièmes de l’effectif de mon service se trouvent sur l’Isle Charlemagne en ce 1.er mai ! Sympa, on va pouvoir déjeuner ensemble dans une taverne. Hélas, nous nous perdons de vue au bout de trois minutes et je poursuis mon voyage en solitaire. Une voix dans un haut-parleur annonce le prochain début du tournoi. Je rejoins la barrière de la lice avant que le public ne s’y agglutine. Le maître du tournoi demande au premier chevalier de se présenter : Il arrive au galop, vêtu de vert et blanc, aux couleurs de l’AS Saint-Étienne – Youpi ! Quatre autres chevaliers viendront se présenter à leur tour, en armure et atours colorés.

Avant la joute, exercice de précision : chaque cavalier devra renverser avec sa lance huit écus disposés dans les deux sens de la piste. Le chevalier vert termine l’exercice par un cabré, ma foi fort spectaculaire. Si j’avais su, j’aurai “épaulé” l’appareil photo. Ce que je fis avec les autres, mais aucun ne réalisa cette figure équestre. Le chevalier rouge se fait remarquer en exécutant l’exercice au petit galop, au contraire de ses concurrents qui chevauchèrent au grand galop. Le maître du tournoi le rappelle à l’ordre mais le baron n’en a cure, sourd aux huées du public. Il est temps de passer aux choses sérieuses : la joute. Les cascadeurs maîtrisent parfaitement cet art. Le spectacle est embelli par des musiques héroïques. Entre autre, celle déjà entendue lors du spectacle de la Légende de la Mandragore à Chécy (45) en 2009, de style new age, que je trouve superbe et dont j’ignore le titre. Énervant…

Une fois l’un des cavaliers à terre, le combat se poursuit au sol avec épées ou haches. Le chevalier rouge continue à se faire siffler en attaquant par derrière ou en molestant les écuyers chargés de récupérer lance et casque et apporter les armes de pied. La finale oppose le chevalier noir au chevalier jaune et rouge, qui porte les couleurs du duc d’Orléans. Ce dernier est touché à la joute. Coup de théâtre, le chevalier noir, au mépris du règlement et du fair-play, charge le chevalier jaune à terre. Heureusement l’Orléanais esquive et demande à se faire justice. Le maistre du tournoi lui accorde. Suit un combat à la lance (parfois un peu téléphoné) remporté par le gentil chevalier d’Orléans. Après avoir reçu une épée d’or en récompense, le vainqueur nous gratifie d’un tout d’honneur. Parmi les spectateurs du tournoi, à moins de deux mètres de l’endroit où je me trouve, je remarque de bien étranges créatures à la eau noir ébène et aux cheveux blancs vestues de costumes noirs à grande cape. Probablement les épouses des Nazguls. Bien plus sociables que leurs maris, elles se prestent volontiers à l’objectif des appareils photographiques avec grands sourires. En regardant les photos sur mon écran de controsle je suis troublé : La photo est anormalement surexposée. Un halo pasle entoure les filles. Est-ce parce que ma batterie d’appareil photo est presque vide ? Ou le capteur de l’objectif est-il incapable de faire le point du fait du contraste important entre le noir et le blanc des filles Nazgul ? Ou bien encore est-ce un effet du pouvoir de l’anneau sacré ?

Je continue mon tour en sortant mon appareil photo puisque celui que m’a presté Catherine a la batterie déchargée. En bord de Loire, une femme nous harangue pour venir assister à un rare spectacle : le bain du capitaine. Pas mal : Dans un décor bucolique, arbres, eau et herbe, le capitaine assis dans un baquet en bois se fait savonner par une servante pendant que l’autre tient une grande serviette dans l’attente de la fin du bain. Plus loin, un maistre d’arme nous montre toutes les astuces d’un combat moyenasgeux à l’épée. La leçon terminée, il réclame un volontaire pour affronter un de ses soldats. Bien échauffé par une initiation au kenjutsu à la foire d’Orléans la semaine précédente, je me présente, tout en pestant intérieurement d’avoir perdu Claude dans la foule et de n’être pas photographié en T-shirt tenant bouclier et épée face à un bretteur médiéval. Mon adversaire est brut de décoffrage. Il rasle après moi car je ne cogne pas assez fort. “Plus fort !” gueule-t-il en présentant son bouclier. Je frappe de toutes mes forces sur l’écu mais mes coups manquent vraiment de puissance lorsque à l’impact. J’aurais eu mon bokken tenu à deux mains, j’en aurai eu de la puissance… Mais pour l’épée à une main, je suis novice. “Tu vas voir ce que c’est de frapper fort !”. Il troque son épée contre une hache et cogne comme un sourd sur mon bouclier. Heureusement, lorsque je pratiquais le shorinji kempo (art martial sino-japonais) j’étais entraisné à encaisser les coups de pied au travers d’un bouclier en mousse. Grasce à cette expérience cela se passe bien pour moi. Le combat continue, mon adversaire se débarrasse de son bouclier, puis troque sa hache contre une dague, et dans tous les cas pare mes coups, jusqu’à un moment où je le touche au ventre avec un coup d’estoc. Il s’écroule alors face contre herbe. Le combat est terminé, je me suis bien amusé. L’adversaire suivant sera un enfant, entraîné de force sur l’aire de combat. Bon, je mangerais bien un morceau, moi. Me voici devant le stand de crespes au feu de bois et pisse d’asne. Pouf, il y la queue, je me restaurerai à la maison. Je regarde deux bergers écossoys qui se battent avec leur baston de berger (ancestre du club de golf). Plus loin, deux enfants sont faits chevalier. Je peux rentrer chez moi serein, le code d’honneur de la chevalerie perdurera.